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LEs CHapelles

 

 

 

 

                  La chapelle Saint Innocent

Quand on chemine sur le petit sentier qui suit la crête reliant le col de Châtillon à la montagne d’Orchez, on atteint assez rapidement, au pied d’une petite falaise un replat au milieu duquel s’élève une minuscule chapelle. ’est à l’automne, en fin de journée que l’on peut apprécier au mieux ce superbe site. Le sol est jonché de feuilles multicolores et les rayons du soleil rasant colorent de mille feux cette petite merveille.Si on pousse la petite porte d’entrée, on est tout de suite ébloui par l’icône peinte sur le mur de l’autel.

 

 

 

 

L’histoire religieuse locale mentionne le nom d’un certain Innocent Cassandrin de naissance qui serait devenu par la suite Saint Innocent. Le nom du saint est également mentionné dans l’acte de fondation du monastère des chartreusines de Meylan en l’an de grâce 1292.

Sur l’oratoire est inscrit le millésime 1411 qui évoque certainement une restauration à cette date. Mention de l’ermite est faite également dans un gros ouvrage écrit en 1677 par un évêque de Saluces : Augustin de la Chiesa. Il semble certain que cet endroit était un lieu de pèlerinage assez fréquenté et, si l’on en croit la mémoire populaire, on y bénissait le vin qui calmait les maux de dents.

Dans le plus grand secret, en se cachant de leurs maris, les femmes enceintes s’y rendaient quand elles désiraient que le fruit de leurs entrailles fût un garçon.

Aujourd’hui, le silence qui règne sur le site incite au calme et à la méditation, surtout en contemplant le charmant petit village blotti dans le vallon situé en contrebas L’Arrroz.

 

 

La chapelle du Mont-Provent ou

Notre-Dame de la visitation.

La chapelle actuelle a été édifiée en 1838 à quelques pas de l’emplacement d’une autre plus ancienne qui était tombée en ruines. Le chœur a été ajouté en 1937.

C’est un bâtiment rectangulaire, à chevet plat, épaulé de six contreforts et protégé par un toit débordant au dessus duquel s’élève un robuste clocheton. Il abrite une nef et un chœur voûtes en berceau, que quatre baies cintrées éclairent. Le porche est surmonté d’un fronton semi-circulaire. Au-dessus s’ouvre un oculus et deux étroites fenêtres rectangulaires encadrent la porte. L’édifice reprend donc les formes des chapelles de villages antérieures au XIXeme siècle.

Les scènes de la vie de la Vierge peintes à la voûte, la table de communion en fer forgé et les deux vitraux du chœur datent de 1937.

L’élément le plus intéressant de la chapelle est l’autel et sa décoration.

Cet autel est simple, mais la peinture et son encadrement, qui ont appartenu à la chapelle privée de Mgr BIORD, sont de qualité.

A un regard peu attentif, l’encadrement semble d’une grande sobriété : les quatre cotés à double moulure fortement prononcée ne sont ornés que d’un boudin, en leur milieu, auquel sont accrochés, d’un coté trois fleurs de lys stylisées et, de l’autre, une chaînette de billes. Mais il est accompagné d’une garniture plus travaillée. De chacune des bordures latérales s’élève une volute garnie d’une dentelle de deux rinceaux enroulés, le premier, autour d’une tulipe et le second, d’une feuille légère. L’ascension de ces courbes vient buter contre une chute, faite d’une branche de vigne aux larges feuilles dans laquelle est niché un angelot d’un noir de jais. Au couronnement, une tête d’ange bien vivante étend de grandes ailes incurvées qui viennent se poser contre deux pots à fleur bas. Aux angles, l’or des deux boutons de fleurs introduit une note joyeuse.

La couleur sombre de cet encadrement fait ressortir la fraîcheur des teintes de la peinture, qui représente La visitation de Marie à sa cousine Elisabeth, épouse du prêtre Zacharie et mère de Saint Jean-Baptiste. La scène est construite sur une ligne d’horizon basse , pour assurer une plus grande monumentalité aux figures. Elle se passe à l’entrée de la maison d’Elisabeth : on voit à gauche, au dessus du mur et à travers la porte ouverte, les arbres verts du paysage environnant, au delà d’un monumental escalier de pierre qui, en avant de l’angle d’un grand mur, grimpe jusqu’à un petit perron bordé par une clôture aux fins barreaux. Marie et Elizabeth occupent le centre de la composition. Elles sont bien distinguées l’une de l’autre par la rectitude de la ligne d’angle du mur et elles sont réunies par la lumière ambiante dans laquelle elles baignent toutes les deux ainsi que par les accords des tons de leurs couleurs,- blanc, bleu clair, rouge, vieil or-, le blanc étant légèrement rosé chez Marie, plus doré et ocré pour Elisabeth. Celle-ci s’incline devant sa parente et se penche vers elle pour l’étreindre. Marie, qui pose le pied sur le haut du perron, se tient droite, fièrement campée, ferme et sereine, la lourde traîne de sa longue robe s’étendant en plis lourds jusqu’au bas de l’escalier. La conversation des deux femmes est exprimée par leurs visages et les mouvements de leurs mains :bonté, déférence et retenue de la part d’Elisabeth ; paix, joie et conscience d’un destin exceptionnel chez Marie.

Deux hommes ouvrent et ferment le quart de cercle sur lequel sont rangés les quatre protagonistes de l’action. A gauche, Joseph commence à gravir les degrés : c’est un homme dans la force de l’âge adulte, au visage aristocratique et souriant, vêtu d’une tunique bleue sur laquelle il a passé un manteau beige ;de son bras gauche, il lance un geste de salutation et il tient dans sa main droite un présent de forme sphérique enveloppé dans un linge. De l’autre coté, debout, un peu en retrait de son épouse, Zacharie semble ré&pondre au geste de Joseph par un sourire ; il porte les habits d’un lettré : ample robe noire, manteau marron au revers bleu, chemise blanche dont le col ouvert déborde l’encolure de la robe. Le visage, d’une grande douceur et prolongé par une barbe enneigée aux boucles élégantes, est mis en valeur par la lumière.

La représentation est éclairée à partir d’un grand cercle clair et blond situé dans le haut du tableau, d’ou descend un cône éclatant sur les quatre héros ; une colombe blanche y plane, quatre anges s’y ébattent : on ne voit que les visages du couple d’angelots de gauche, qui ne veulent rien perdre de l’événement et, à droite, un troisième ange plonge enjoignant les mains à coté d’un gros angelot poupin à l’aile fine, perché sur un nuage vert, qui écarte sa robe bleue à revers rouge pour danser.

L’angle inférieur droit est entièrement occupé par un dernier ange : c’est un adolescent souple, aux formes rondes avec une grande aile transparente, un bras musclé et la chevelure d’un blond chaud entretenue avec soin. A demi agenouillé, il semble se relever en écartant ses ailes ourlées d’or et en se libérant d’un lourd manteau rouge et émeraude ;bien droit dans son aube, il retourne vers nous un visage mutin et nous invite à participer à la joie générale.

Cette peinture est fascinante, mais elle présente trois énigmes. En premier lieu, comment justifier la présence d’une tête encapuchonnée sur le linge blanc qui enveloppe le cadeau que tient Joseph ? Ensuite, que signifient les taches rosâtres sur le grand drap posé on ne sait comment devant Marie et qu’elle montre d’un index impérieux ?Enfin, que représentent les sortes de grands frottis bleus glissés entre ce linge et les jambes de la Vierge ?

Certes, la représentation comporte des faiblesses : lourdeur du bras de l’ange du premier plan, écarquillement trop grand des doigts de Zacharie, disproportion entre le haut et le bas du corps d’Elisabeth, mais ces fautes s’effacent devant la qualité de l’ensemble : savante disposition qui associe des plans aux éclairages différents, localisation réaliste et naturelle des figures, souplesse des courbes qui les définissent en opposition avec les droites du décor, dialogues pleins de vie des visages et des mains, finesse du tracé, délicatesse du dessin, fraîcheur des couleurs étincelantes, subtilité des reflets et des ombres sur les chairs et les vêtements (manteau de Zacharie, ailes d’ l’ange du premier plan, par exemple) modulation quasi imperceptible des valeurs dans les surfaces qui paraissent uniformément blanches, brio du mouvement du bas du corps de l’ange acrobate qui joint les mains.

Quelle que soit sa date (probablement moitié du XVIII eme siècle), cette toile qui associe le classicisme de son décor architectural, l’héritage maniériste dans l’acidité de certains bleus et la petitesse de certaines têtes (Joseph, Elisabeth) et une sorte de pressentiment romantique dans la tendresse des visages, possède la légèreté, la grâce et la puissance expressive qui sont le charme de l’art baroque.

La chapelle contient aussi une statue de la « Vierge à l’enfant » en bois polychrome : chair ivoire, robe rouge à bordure d’or et manteau bleu nuit de la Madone, robe légèrement bleutée de Jésus. La Vierge par les deux attributs royaux par excellence : une haute et riche couronne dorée à la résille très fine et un sceptre, qu’elle tient dans sa main droite. Jésus est assis à l’intérieur du bras gauche de sa mère ; il tient un globe doré sommé d’une croix. Ces deux figures, peu mouvementées, sont empreintes d’un grand hiératisme, mais les visages , dont la facture appartient à l’art populaire, sont expressifs.

A la droite de l’entrée de la chapelle, de nombreuses figurines d’enfants en cire sont des ex-votos  offerts à la suite de guérisons d’enfants malades ou blessés, attribués à l’intercession de Notre-Dame du Mont-Provent, vénéré pour son pouvoir de ressusciter les enfants morts sans le baptême le temps nécessaire pour qu’ils puissent recevoir ce sacrement, qui est la porte du salut éternel.

Extrait du livre de Fernand ROULIER et Denis VIDALIE

Un art retrouvé Le Faucigny.

Églises et chapelles baroques, richesses de la Haute-Savoie

Editions Rossat Mignod.